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Quel genre de peinture s’affiche ici ?
Vers quoi se dirige cette recherche sur ce qui compose un corps ou un visage, son expression, sa faculté à exprimer des sentiments, des situations, des questions et des réponses, tellement différentes pour un individu reconnaissable et socialement défini au fil de son parcours amoureux, social ou professionnel, mais qui cherche à ressembler non pas à un autre mais à autre chose, au plus près de ce qui le motive et est censé un jour le révéler enfin. Cette révélation à soi-même est le moteur de la définition du genre à défaut de se soucier de l’intégrer à la société et de le rendre soluble et supportable autour de soi. La démarche artistique est sans doute là, dans une définition unique, en juxtaposition à d’autres définitions individuelles, qu’est l’expression du genre de l’individu en dehors de tout code sexuel, état et pratiques, sociologique, environnemental ou culturel. Les hommes représentés ne se comportent plus en homme et les femmes ne sont plus réellement des femmes. De quelles relations rêvent-ils d’avoir ? Comment aimeraient-ils qu’on les considère ? Que cherchent-ils à montrer ? La fragilité comme séduction dans une posture abandonnée ou la force de résistance dans une attitude différente, ornée d’attributs hybrides et imaginaires ? C’est l’acceptation et l’exhibition du sentiment non avoué et toujours caché parce qu’il vient démolir le statut de quelqu’un dans son environnement et le déstabiliser quand il s’abandonne à l’exprimer, qui permet de faire exploser nos codes de reconnaissance et approche un état de vérité et de sincérité profonde qui ne garantit cependant en rien le lien entre les individus. Cette absence de repère des expressions est quasi indispensable dans une recherche artistique, non pas pour se singulariser à tout prix et exhiber sa différence qui serait une marque d’intérêt ponctuelle réduit à une simple originalité spectaculaire au sens du spectacle (et le principe des expositions entretient et marginalise cette démarche naturellement en la mettant à part) et resterait donc anecdotique, mais pour exprimer une sincérité qui fait appel non pas aux codes habituels du spectateur mais à son intimité auquel il ne donne que rarement accès parce que source de marginalisation et de stigmatisation sociale. Ce dialogue intérieur n’a jamais entretenu de mouvement collectif. Le refus des codes autoritaires et sexuels de la société devrait faire bouger l’acceptation extérieure de chacun que son genre n’est pas tout à fait celui qui lui permet de réussir dans la vie et de trouver une place pérenne dans la société mais qu’il est tout entier dans sa faculté à établir une connexion et un dialogue avec l’intime d’autrui. Cette reconnaissance mutuelle et tacite selon des codes sensitifs et solitaires est déjà une avancée vers la tolérance des genres qui nous entourent, de plus en plus complexes qu’il n’y paraît, et avec lesquels il va bien falloir composer et par là même redéfinir la distribution des rôles et des rapports de pouvoir entre les individus et les sexes en l’occurrence. Aucune position ne devrait être naturellement acquise ni aucune filiation ne devrait justifier naturellement un état.
La peinture, qui plus est figurative, en est un outil, elle-même porteuse de son propre système de langage et de reconnaissance, de nouveaux repères, différents de la société mais au-delà, également de ceux établis par chacun dans sa révélation à lui-même, du moins s’il la cherche ou s’y intéresse. Effet miroir ou croisement des sentiments à un moment donné, prolongement d’une recherche intérieure, instant privilégier et intense comme un pallier dans la course quotidienne, … Cela fait peur aux religions, déstabilise les états et les institutions quand l’art bouleverse les relations de pouvoir entre les individus, sa distribution naturelle et tout ce qui permet l’entretien de l’acquis, ici sans cesse remis en question.
Il s’agit bien pour l’artiste d’exprimer un genre, toute une identité, une expression humaine qui reste une proposition comme une tentative de dialogue permanent avec autrui en dehors de tous les codes établis par nos sociétés. Un dialogue qui n’accepterait comme parole que le bruit retentissant de ses contradictions intérieures cherchant à y construire une harmonie, une acceptation de soi qui permettrait de se définir à autrui sans être prédéfini par ce que l’on représente dans la société ou le rôle qu’on y joue.
Aller au-devant de l’autre pour ce qu’il est et pouvoir le rencontrer enfin quand il vous livre quelques uns des ses codes personnels pour y parvenir : c’est là que s’écrit la raison d’être de mon ambition picturale.




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